La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a répondu aux demandes du président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent.

Ce dernier réclamait, la semaine dernière, un réinvestissement massif de 1,5 milliard $ en éducation après une décennie de sous-financement. Concrètement, la CSQ demande 700 millions pour le préscolaire, le primaire et le secondaire, 305 millions pour l’enseignement collégial et 400 millions pour l’enseignement universitaire. Ces chiffres proviennent de travaux sérieux menés au cours des dernières années. Par exemple, le montant réclamé pour les universités est tiré d’une étude exhaustive menée conjointement par la ministre de l’Éducation et la Conférence des recteurs et principaux du Québec (CREPUQ).

La réponse de la ministre fut très surprenante :

«Je l’aime bien M. Parent, je l’aime beaucoup, mais il est dans les nuages», a-t-elle dit avec toute la condescendance dont la dame de fer du PLQ est capable.

«Compte tenu du ralentissement de l’économie, il est illusoire de penser que le gouvernement pourra débloquer 1,5 milliard $ sur trois ans dans le réseau de l’éducation comme le souhaite le président de la Centrale de l’enseignement du Québec.», a-t-elle ajoutée.

Celle-là, on ne l’avait pas entendu depuis un bout, ce qui n’est pas surprenant puisque le Québec connaît depuis 10 ans sa plus longue période de prospérité depuis les années 1960.

Lors de son point de presse, la grande argentière libérale a oublié de mentionner trois petits faits très intéressants.

1) Le gouvernement Harper a abaissé la TPS d’un point en juillet 2006, ce qui représente un espace fiscal libéré d’environ 4,5 milliards $ pour l’ensemble du Canada. Le gouvernement Charest a refusé d’hausser la TVQ d’autant malgré que la plupart des économistes ait affirmé qu’une telle diminution n’aurait pas vraiment d’effet sur l’activité économique ou sur le niveau de vie moyen des citoyens. Sans compter qu’une baisse de la TPS signifiait une perte de 400 millions $ par année, la TVQ étant calculée après la TPS. Notez que récupérer le point de TPS aurait augmenté les revenus de l’État québécois de 1,1 milliard $ par année!

2) Le gouvernement Harper a modifié les modalités régissant la péréquation au printemps 2007, ce qui a entraîné une hausse de revenus de 750 millions $ pour le gouvernement québécois par année. Sur le bord de perdre le pouvoir après avoir mené une mauvaise campagne électorale, le premier ministre Charest a annoncé que cet argent serait consacré à une baisse d’impôt. Immédiatement dénoncée par à peu près tout le monde, le gouvernement libéral s’est entêté au-delà du raisonnable, se privant ainsi de précieuses sommes. Il s’est, par le fait même, couvert de ridicule fasse au reste du Canada dans le dossier du déséquilibre fiscal.

3) En novembre dernier, le gouvernement Harper annonce une nouvelle baisse de la TPS. Le gouvernement Charest commet la même erreur. La TVQ ne serait pas ajustée ce qui a pour conséquence de priver de gouvernement d’un autre 1.1 milliard $. Pis encore, la ministre Jérôme-Forget affirme qu’elle aurait agit dans ce dossier si la baisse de la TPS avait fait parti d’une entente avec Ottawa pour régler le déséquilibre fiscal.

En gros, le gouvernement s’est coupé des revenus d’environ 3 milliards $ par année depuis juillet 2006. Pire, ne pas ajuster la TPS lui a coûté environ 800 millions $ par an.

Dans ce contexte, la ministre Jérôme-Forget se permet de faire la leçon à Réjean Parent en sortant son requiem favori On a pas d’argent lorsqu’il réclame davantage pour financer un réseau qui a grandement souffert des coupures des années 1990, début 2000.

Que peut-on conclure de cette histoire?

Pas besoin de chercher de midi à 14 heures : les dogmes qui guident nos présents dirigeants ne mettent pas l’éducation au rang des priorités. Pourtant le problème reste toujours aussi présent. Le réseau d’éducation est sous-financé et il faut maintenant que le gouvernement accepte ses propres responsabilités et qu’il débloque l’argent nécessaire au réseaux d’éducation.