Politique


Comme quoi l’éducation n’est pas un sujet si “vieux jeux”! La sénatrice
libérale de l’Île-du-Prince-Édouard, Elizabeth Hubley, a tenté de 
relancer un débat sur les frais de scolarité lundi passé. Que 
pensez-vous de l’article?

« Senator calls for free university tuition »

	
	
	

La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a répondu aux demandes du président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent.

Ce dernier réclamait, la semaine dernière, un réinvestissement massif de 1,5 milliard $ en éducation après une décennie de sous-financement. Concrètement, la CSQ demande 700 millions pour le préscolaire, le primaire et le secondaire, 305 millions pour l’enseignement collégial et 400 millions pour l’enseignement universitaire. Ces chiffres proviennent de travaux sérieux menés au cours des dernières années. Par exemple, le montant réclamé pour les universités est tiré d’une étude exhaustive menée conjointement par la ministre de l’Éducation et la Conférence des recteurs et principaux du Québec (CREPUQ).

La réponse de la ministre fut très surprenante :

«Je l’aime bien M. Parent, je l’aime beaucoup, mais il est dans les nuages», a-t-elle dit avec toute la condescendance dont la dame de fer du PLQ est capable.

«Compte tenu du ralentissement de l’économie, il est illusoire de penser que le gouvernement pourra débloquer 1,5 milliard $ sur trois ans dans le réseau de l’éducation comme le souhaite le président de la Centrale de l’enseignement du Québec.», a-t-elle ajoutée.

Celle-là, on ne l’avait pas entendu depuis un bout, ce qui n’est pas surprenant puisque le Québec connaît depuis 10 ans sa plus longue période de prospérité depuis les années 1960.

Lors de son point de presse, la grande argentière libérale a oublié de mentionner trois petits faits très intéressants.

1) Le gouvernement Harper a abaissé la TPS d’un point en juillet 2006, ce qui représente un espace fiscal libéré d’environ 4,5 milliards $ pour l’ensemble du Canada. Le gouvernement Charest a refusé d’hausser la TVQ d’autant malgré que la plupart des économistes ait affirmé qu’une telle diminution n’aurait pas vraiment d’effet sur l’activité économique ou sur le niveau de vie moyen des citoyens. Sans compter qu’une baisse de la TPS signifiait une perte de 400 millions $ par année, la TVQ étant calculée après la TPS. Notez que récupérer le point de TPS aurait augmenté les revenus de l’État québécois de 1,1 milliard $ par année!

2) Le gouvernement Harper a modifié les modalités régissant la péréquation au printemps 2007, ce qui a entraîné une hausse de revenus de 750 millions $ pour le gouvernement québécois par année. Sur le bord de perdre le pouvoir après avoir mené une mauvaise campagne électorale, le premier ministre Charest a annoncé que cet argent serait consacré à une baisse d’impôt. Immédiatement dénoncée par à peu près tout le monde, le gouvernement libéral s’est entêté au-delà du raisonnable, se privant ainsi de précieuses sommes. Il s’est, par le fait même, couvert de ridicule fasse au reste du Canada dans le dossier du déséquilibre fiscal.

3) En novembre dernier, le gouvernement Harper annonce une nouvelle baisse de la TPS. Le gouvernement Charest commet la même erreur. La TVQ ne serait pas ajustée ce qui a pour conséquence de priver de gouvernement d’un autre 1.1 milliard $. Pis encore, la ministre Jérôme-Forget affirme qu’elle aurait agit dans ce dossier si la baisse de la TPS avait fait parti d’une entente avec Ottawa pour régler le déséquilibre fiscal.

En gros, le gouvernement s’est coupé des revenus d’environ 3 milliards $ par année depuis juillet 2006. Pire, ne pas ajuster la TPS lui a coûté environ 800 millions $ par an.

Dans ce contexte, la ministre Jérôme-Forget se permet de faire la leçon à Réjean Parent en sortant son requiem favori On a pas d’argent lorsqu’il réclame davantage pour financer un réseau qui a grandement souffert des coupures des années 1990, début 2000.

Que peut-on conclure de cette histoire?

Pas besoin de chercher de midi à 14 heures : les dogmes qui guident nos présents dirigeants ne mettent pas l’éducation au rang des priorités. Pourtant le problème reste toujours aussi présent. Le réseau d’éducation est sous-financé et il faut maintenant que le gouvernement accepte ses propres responsabilités et qu’il débloque l’argent nécessaire au réseaux d’éducation.

J’ai décidé d’écrire cette missive suite à une discussion avec un ami sur le financement de la recherche universitaire. Souvent j’entends des critiques face au financement de la recherche par des intérêts privés, cependant force est de constater qu’il faut être plus nuancé sur cette question.


À force de lecture et de discussions, j’ai compris que la majorité du financement de la recherche universitaire venait encore et toujours de fond public. Les différents organismes de subvention de recherche tant fédéral que provincial financent, en moyenne, 66 % des budgets de recherche. Contrairement à ce que je croyais, ce n’est pas tant le montant qu’une entreprise verse à la recherche qui amène une perte de liberté de recherche. Le problème se situe plutôt dans les conditions mises en place par les organismes subventionnaires.


Pour qu’un projet de recherche puisse obtenir du financement public, il doit prouver que la recherche en question sera utile à brève échéance. Le critère pour vérifier cela est l’entrée d’un partenaire privée dans le projet de recherche.


Bref, pour qu’un projet de recherche puisse obtenir les 66 % de son budget, il doit absolument être en ligne directe avec l’intérêt du marché. C’est ce point central qui est le problème. Les organismes publiques briment la liberté de recherche lorsqu’il vient le temps de débourser les fonds qu’ils gèrent.


Est-ce qu’une entreprise pourrait se voir interdire son financement à la recherche, si le tout est fait en pleine connaissance de cause par les universitaires et les entreprises ? Selon moi les organismes subventionnaires devraient plutôt encourager la recherche fondamentale, qui a permis à l’humanité de se développer par la science où la réflexion sociale, plutôt que de financer la recherche d’utilisation pratico-pratique du savoir universitaire.

Dans son dernier éditorial, André Pratte lance la phrase suivante:


La plupart des gens savent qu’une telle hausse (des frais de scolarité) est à la fois nécessaire, raisonnable et juste.


Mais qu’est-ce que ces mots veulent réellement dire? Le dégel est-il à ce point la solution miracle à tous les maux de l’éducation? La réponse ici est bien non, malgré que la question exagère les effets donnés à l’actuel dégel. Une chose est sûre, cette affirmation mérite une certaine évaluation.


Le dégel est-il nécessaire?
Pourquoi le dégel serait-il nécessaire? Ce qui est nécessaire, c’est le réinvestissement en éducation. Personne n’est dupe, même pas les étudiants, les universités et collèges de notre belle province ont un besoin criant d’argent. La nécessité du dégel découle-t-elle de la nécessité de réinvestissement? Pas absolument, car l’argent peut venir de différentes sources comme par exemple le gouvernement.


Le dégel est-il raisonnable?
30% d’augmentation en cinq, ce n’est pas si raisonnable. C’est même l’équivalent de trois fois l’inflation. La dernière étude commandée par le gouvernement arrivait à la conclusion qu’une telle hausse allait amener une baisse de la clientèle étudiante de l’ordre de 6000 personnes. Dégeler, tout en sachant que cela entraînera inévitablement une diminution de l’accessibilité aux études, n’est pas tellement raisonnable.


Le dégel est-il juste? Juste pour qui?
Pour le gouvernement, parce qu’il lui permet de se désinvestir encore une fois d’une de ses responsabilités sociales, pour les étudiants pauvres qui devront s’endetter abusivement pour payer leurs études ou peut-être pour les universités qui continueront de fonctionner à perte de toute façon parce le retour d’argent ne couvre pas leur sous-financement. Il faut arrêter de croire que tout le monde y gagne dans le dégel. L’éducation supérieure devient juste encore plus bourgeoise. En plus, actuellement, les méthodes pour contrer les effets néfastes du dégel sur l’accessibilité sont des mesures fiscales qui serviront encore aux gens qui en ont les moyens d’économiser encore plus avec leur formation. Et est-ce que l’éducation va au mérite? Est-ce que les étudiants qui ont réellement les moyens de payer des frais de scolarité faramineux méritent plus que les étudiants provenant de la classe moyenne ou pauvre de s’instruire? Si c’est ça la justice, au sens ou M. Pratte l’entend, le dégel des frais de scolarité ne fait qu’accentuer une fois de plus les antagonismes sociaux.


Lorsqu’on évalue attentivement les mesures du gouvernement Charest, ce dégel est tout sauf nécessaire, raisonnable et juste. Il est plutôt politique, idéologique et nuisible à l’accessibilité aux études.

Voici un petit vidéo intéressant sur l’Institut Économique de Montréal (IEDM).

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais une chose est sûre, à peu près tous les développements (si on peut l’appeller ainsi) étatiques des dernières années sont basés sur les conclusions de ce fameux “think-tank” du privé.

De plus, je ne suis pas absolument un fan de M. Charbonneau, mais j’aime particulièrement sa dernière intervention:

“Je ne peux pas me permettre de prendre le risque qu’une partie des ressources
qui sont actuellement essentiels pour donner le service dans les établissements
publics soit canibalisées par des entrepreneurs qui sont là pour faire du fric.
Ce n’est pas ça la base d’un système de solidarité”

Peut-être que l’IEDM devrait réfléchir plus profondément sur ces sages paroles de l’ancien député de Borduas. Mais je ne crois pas que ce soit dans la vision des dirigeants de l’institut de penser au bien de la population plutôt qu’à l’enrichissement de leurs amis, et même de leur propre personne.

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